8h00 : Mohamed ( le
stagiaire de l'agence PTA ) arrive dans la 405
conduite par un jeune chauffeur. En fait, il n'ont pas trouvé
de guide francophone et c'est lui qui s'y colle, avec notre accord
préalable.
Il a du bosser toute la nuit pour se faire des fiches et commencent
déjà dans la voiture pendant le trajet pour nous expliquer
l'histoire de l'Iran.
Il y a 1h00 de route nationale depuis Shiraz,
parfois sur 4 voies.
Arrivés sur Persépolis, le chauffeur va nous attendre
à l'extérieur et on doit ensuite laisser son sac à
dos au gardien. Les sacs à main de mesdames sont autorisés
par contre. Entrée : 5.000 rials
Grosse erreur : Je n'ai pas de produit solaire et aucun chapeau.
Je vais donc me choper un joli coup de soleil ! Persepolis est en plein désert
et il n'y a pas un cm d'ombre. Donc prévoir de l'eau et un
couvre-chef. Pour le coup, Mauricette est bien équipée
avec son foulard "Khomeini indice
50 anti-vieillissement" ....
Sa construction débute sous Darius
1er vers 518 av JC.
Comme en Egypte, les rois suivants l'agrandiront pendant +
de 150 ans ... et il reste inachevé.
Feignasses, tiens !
Ce n'était pas une ville à
proprement parlé mais juste un site servant aux fêtes
du Norouz ( le Nouvel An iranien
le 21 Mars ). Désertée le reste de l'année,
tous les peuples de l'Empire venaient rendre hommage au roi et apporter
les cadeaux qui vont avec !
La capitale de l'époque était Suse.
Bon je ne vais pas te refaire l'histoire. Voici 2 sites intéressants
à lire avant d'y aller : Wikipedia
et Persepolis.
Le Lonely Planet permet de dégrossir mais le plan
est sommaire. S'il ne devait servir qu'à ça, le guide
Olizane propose des plans détaillés, des photos
explicatives et c'est une très bonne base en complément
des 2 sites ci-dessus.
Avec ça, tu peux y aller en toute confiance sans guide. Et
on peut pas se perdre non plus car le site est vraiment concentré
et assez petit.
-
Comme on peut le constater, il ne reste pas grand chose debout à
Persépolis. Quelques colonnes isolées et 2 ou 3 portes
majestueuses.
Le + intéressant restent les bas-reliefs représentant
les 23 peuples de l'empire venus rendre leurs hommages au
souverain et portant leurs offrandes.
Une petite révision avec les guides susnommés permettra
de bien les identifier.
-
C'est vrai qu'il faut faire un peu d'abstraction pour s'imaginer
ce que pouvait être le palais aux 100 colonnes ou le
palais de l'Apadana dont l'escalier recèle les + beaux
bas-reliefs de Persépolis.
-
Nous montons ensuite aux 2 tombes surplombant le site. Elles appartenaient
à Artaxerxès II et III. On y retrouve les symboles
zoroastriens.
-
Au bout de 2h00, on se dirige vers la sortie et la + belle
porte de Persépolis.
Il y a aussi des chevaux inachevés qui montrent la
technique des sculpteurs pour dégrossir des blocs énormes.
-
Mohamed appelle le chauffeur pour qu'il vienne
nous récupérer devant l'entrée et je
récupère mon sac.
En fait, on a surtout discuté de politique, de la condition
des jeunes en Iran, des problèmes de sexualité
avant le mariage.
A la limite c'était bien plus intéressant qu'un
discours sur la Perse antique et le fait qu'il parle français
nous a permis d'en savoir un peu plus sur la vie des iraniens
....
Il faut aussi savoir que malgré les "interdictions"
des autorités religieuses, beaucoup d'iraniens venaient
encore fêter Norouz ici.
Les ayatollahs ont + ou - abandonné cette idée devant
la persistance de cette fête païenne, souvenir de l'époque
zoroastrienne.
Désormais, les fêtes s'y déroulent normalement.
Naqsh-E Rostam ...
A moins de 5 kms se trouve ce site regroupant 4 tombes.
11h00 : Donc c'est vraiment pas la
bonne heure. La lumière est plombée et la chaleur
encore + présente.
Il fait bien 35° !
Bon, soyons honnêtes. ça
nous a pas bluffé ! D'une part, quand tu as fait Petra
en Jordanie, c'est un peu léger ...
Et puis, ce sont exactement les mêmes que les 2 tombes déjà
vues sur le site de Persépolis. Même taille, mêmes
bas-reliefs, rien ne les différencie.
L'une d'elles est celle de Darius 1er.
D'autre part, les bas-reliefs sont vraiment grossiers et sans intérêt.
On ne peut s'en approcher à moins de 20m mais ça n'apporte
rien de toutes façons.
-
D'ailleurs on zappe carrément l'autre site de Naqsh-E
Rajab pourtant prévu dans la journée
avec d'autres bas-reliefs.
Il fait chaud, je brûle tranquillement et il fait soif !
12h00 : Nous déjeunons juste à côté
dans un restaurant accueillant aussi les groupes, étant
donné le nombre de grandes tables.
Pas de cartes en anglais d'ailleurs, les menus des groupes sont
imposés donc Mohamed nous traduit le bazar.
Kebab et ragoût ... et toujours du riz ! 120.000
rials avec 3 boissons.
Le chauffeur et le guide paient leurs repas. C'est sympa, il y
a un grand bassin et des fontaines. On se refait une santé
et on continue de boire comme des trous.
Nous continuons à discuter de la vie de tous les jours.
Le jeune chauffeur était étudiant en mécanique
et travaille désormais à plein temps pour l'agence
comme chauffeur sur des circuits individuels par exemple.
Pasagardes ...
Ce site n'est pas toujours prévu avec Persépolis
car c'est encore 1h00 de voiture supplémentaire.
14h00 : S'il faut de l'imagination à Persépolis,
à Pasagardes il faut
être devin pour imaginer ce que cela pouvait être. C'est
la zone !
Ça, c'est la vue depuis la forteresse
des Gardiens !
On se bouscule pas, tu vois ...
Commencée en 546 av
JC par Cyrus le Grand, elle sera vite dépassée
par Persépolis en terme
de grandeur, mais elle sera une vraie capitale par contre.
C'est bien sûr la tombe de Cyrus
qui justifie tout ce chemin.
Elle est complètement isolée, sans aucun décoration
ni inscription.
Alors, on peut y trouver un certain charme mais je ne sais pas
si cela vaut vraiment 2h00 de route AR !
Retour vers Shiraz ...
Nous revenons vers Shiraz tout
en demandant de s'arrêter dans une épicerie pour acheter
des fruits pour le bus de demain.
17h00 : Une mini pause à l'hôtel puis nous repartons
pour le le tombeau d'Hafez.
C'est la journée des morts quoi !
Nous prenons un taxi ( 10.000 ) car c'est assez loin. Nous
traversons de grands parcs. Entrée : 30.000 ( tous
les jardins sont à ce prix contrairement aux mosquées
à 5.000 maxi ). Plan
Google Maps Shiraz.
Hafez
est un des poètes les + connus d'Iran. Les gens se recueillent,
touchent la tombe et récitent des vers à vois basse.
On dit souvent qu'en Iran, chaque famille doit avoir un Coran et
un livre de lui.
Le lieu est calme et rafraîchissant surtout à cette
heure. On se fait une pause avec du thé servit avec des
dattes ( 2x 10.000 )
Ce sont surtout des femmes qui viennent en groupe en fait.
Nous résistons toujours aux glaces que tout le monde
mange ici, parfumées à la rose avec des vermicelles.
On veut pas trop prendre de risque avec une tourista mal venue
dans un circuit où tu bouges tous les jours !
C'est un vrai supplice en tout cas ...
Pendant nos discussions avec nos 2 jeunes guides, ils nous ont
conseillé d'aller faire un tour dans un centre commercial
moderne car on voulait ne pas se cantonner aux quartiers typiques
et anciens.
Lorsque j'indique l'adresse écrite par Mohamed, le taxi
m'annonce 40.000 rials ... Il est gentil Maurice mais je
commence à comprendre un peu les tarifs même si je
veux bien payer un peu plus.
On se bat pour 10.000 rials, soit 0,75€ je le rappelle,
mais c'est aussi une question de principe et pas pourrir la vie
des futurs touristes qui se verront imposer des tarifs débiles.
Tu vois, c'est métaphysique mine de rien !
Comme il ne veut rien baisser, on s'en va. Mauricette me regarde
ahurie. - Mais on va où ?
- Laisse, c'est pour l'humanité et l'honneur ...
- Mais on va où ?
- Vers notre destin ...
Avec ça, tu élimines un paquet d'objections, je
te garantis !
Nous partons donc d'un pas déterminé vers .... euh
tout droit.
Alors qu'on traverse le parc juste à côté,
nous sommes hélés par 2 jeunes filles qui veulent
prendre Mauricette en photo.
Selon le degré de "liberté"
de certains ou certaines, ils n'abordent pas indifféremment
les hommes et les femmes.
Et se faire prendre en photo avec un inconnu n'est pas
toujours une simple opération anodine. Donc, là,
c'est uniquement entre filles.
Maria étudie l'informatique
et Fatima, l'électronique.
Ça baragouine l'anglais comme ça peut mais elles
ont une tchache d'enfer. On rigole bien !
Elles sont excités comme des
puces de pouvoir discuter avec des touristes en solo. Les autres
sont toujours pressés et en groupe.
Elles ne veulent plus nous lâcher. Elles nous proposent d'aller
voir le tombeau de l'autre poète de Shiraz, Saadi.
C'est loin et on veut vraiment faire le centre commercial.
Alors que nous marchons, elles nous entraînent dans un mausolée,
qui s'avéra être le Imamzadeh-ye Ebn-e Hamze
( comme ça se prononce
).
Il abrite la tombe du neveu du 7ème Imam. Compliqué
hein ?
Elles embrassent le montant de la porte puis nous allons à
l'entrée du mausolée avec toujours les 2 entrées
H/F.
Le gardien nous fait un signe de la tête complice et tout
ce beau monde passe par l'entrée principale.
Il faut quand même revêtir un tchador laissé
à disposition de toutes.
Comme tu peux le constater, c'est du grand
n'importe quoi ! Seule Mauricette se tient à carreau
...
Ça continue à rigoler, prendre des photos, écrire
leur adresse à genou au beau milieu de ce mausolée.
Bon on se quitte car il se fait tard pour tout le monde et on
ne sait pas quels sont les horaires du centre commercial.
Elles font stopper un taxi, lui donne l'adresse, serrent la main
de Mauricette et alors qu'elles ne s'y attendent pas, je fais
de même.
Sauf que pour elles, ils est interdit de toucher un inconnu et
elles sont toutes rouges de confusion mais toujours avec le sourire.
Ouf !
En tout cas, je sens qu'on va parler de nous à l'école
et en famille ...
Notre taxi est une de ces épaves de Peykan, l'automobile
iranienne.
Elles ont un âge indéterminé mais ont sans
doute connu le Shah !
La plupart du temps, il n'y a plus de tableau de bord et ça
tient ... comme ça peut.
D'ailleurs le chauffeur se retourne et nous tend quelque chose
: c'est une poignée. Et on fait quoi avec ?
Mauricette comprend alors : c'est pour ouvrir nos vitres arrières.
On se pince les lèvres pour ne pas pouffer de rire et nous
lui rendons avec respect après avoir mis cette climatisation
de fortune en route.
Mine de rien, c'est assez loin. On longe des quais, on traverse
des quartiers. Il mentait peut-être pas le taxi avec ses
40.000.
En plus comme c'est pas moi qui ait arrêté le taxi,
j'ai pas demandé le tarif et je crains une arnaque de derrière
les fagots.
Nous arrivons dans une rue avec des magasins dernier cri de TV,
électroménager et le fameux Setareh Fars Commercial
Mall.
J'étais mauvaise langue, le taxi demande 25.000.
C'est sûr que c'est un choc après le bazar et les
tenues de la plupart des femmes croisées jusqu'ici dans
les quartiers de la vieille ville.
Ici, on repousse les limites au maximum. Le foulard des jeunes
filles tient par miracle, tellement il est en arrière,
découvrant plus de la moitié des cheveux.
Talons hauts, tuniques cintrées ... On croit rêver
quand on arrive avec notre image de l'Iran islamique.
Soyons clairs, c'est un centre commercial vraiment axé
sur les jeunes mais il faut vraiment venir ici pour se rendre
compte du grand écart entre les discours officiels et la
vie qui les rattrape et les dépasse.
On comprend mieux les manifestations de Juin 2009 et les aspirations
de cette jeunesse.
Les familles viennent aussi avec leurs enfants car il y a un étage
complet consacré aux jeux électroniques et même
un train fantôme.
On ne regrette pas une seconde d'être venus ici.
Nous discutons avec beaucoup de jeunes, encore des photos, des questions
pour savoir si tout se passe bien, si on peut nous aider, comment
on trouve l'Iran ... Ça n'arrête pas !
Nous dînons au dernier étage
avec toute la collection de snacks en tout genre ( pizza,
chinois, mexicain, etc ... )
Pour changer on se rabat sur une copie de KFC avec
du poulet frit ( 87.000 rials )
En plus, c'est vraiment un point d'observation idéal pour
voir défiler toutes ces jeunes femmes qui osent tellement
!
Cela veut aussi dire que leurs familles acceptent cela et traduit
donc une modification profonde de leur condition. Peut-être
anecdotique mais pas si anodin que ça.
En tout cas, nous, on reste baba !
A priori, ça reste ouvert au moins jusqu'à 22h00.
Coup de bol, il y a une tête de station de taxis jaunes.
J'écarte un taxi sauvage et un chauffeur m'annonce 30.000
pour l'hôtel Eram.
Je vais quand même à la guérite et là
on m'annonce 25.000, l'employé donne sa carte à
ce même chauffeur et nous payerons bien 25.000 rials.
Le taxi à l'aller ne nous a donc pas arnaqué non
plus.